J’ai donc été admis en hôpital psychiatrique pour la première fois de ma vie. Cet univers m’était totalement inconnu. Je sais que cela a bouleversé mes parents. Je me souviens une des images qui m’a marqué c’est qu’en rentrant dans l’unité où j’étais hospitalisé on est directement dans les couloirs où sont les chambres. Et aux portes des chambres il y a des hublots pour voir à l’intérieur ; et à l’une des portes, il y avait un visage étrange au hublot, les cheveux hirsutes, la mine déconfite sûrement par la maladie et les effets du traitement. Un visage qui faisait peur. J’ai alors dit à mon père qui je crois m’accompagnait et essayait d’avoir des mots rassurants : “je ne suis pas ici pour me faire des potes”. J’y suis resté un mois. Je suis sorti aux alentours de Noël 2012.
L’expérience était assez inconfortable. Les malades aux démarches étranges dans les couloirs. Les files d’attente pour prendre les médicaments aux heures de repas. Les contacts avec les infirmières qui semblent d’un autre monde face à nous les malades sortis d’un monde étrange. Véritablement mon cerveau était sous pression, car je me souviens que ma mère m’avait acheté un livre de Werber et la lecture de cet ouvrage dans cet environnement psychiatrique n’avait rien d’un plaisir. Lire page après page était une torture pour mon cerveau. Et l’identification aux personnages, le fait de rentrer dans l’univers de cet auteur depuis ma chambre d’hôpital était très inconfortable. Mon cerveau subissait les douleurs de la maladie.
Je suis rentré donc chez moi, ou plutôt chez mes parents après un mois d’hospitalisation. et clairement je n’étais plus le même homme que celui de début avril 2012. Sortir ne m’intéressait plus, je négligeais mon style vestimentaire, chose impossible aussi je prenais de la distance dans mes relations, mes contacts avec les femmes, pour l’heure je ne voulais plus de petite amie. Je n’avais plus de travail. J’étais loin de Paris. Je n’avais plus de rêves particuliers : je ne voulais plus être un comédien reconnu, aimé voire adulé. Je cherchais simplement à approcher au plus près cette lumière qui avait brillé dans mon cœur à la lecture de la Bible. J’arpentais de façon difficile le début d’un chemin de foi, d’un chemin de croyant.
Le diagnostic posé pour ma première hospitalisation était classique dans mon cas : ce fut une BDA : une bouffée délirante aiguë. Comme c’était la première fois que j’avais à faire au secteur psychiatrique, les professionnels de santé avaient été prudents. Pour l’instant, rien de chronique, juste un passage à vide. De toute façon si c’était chronique – et ça l’est – j’aurais tout le temps d’avoir à faire à nouveau au secteur.
Évidemment tous ces termes psychiatriques je ne les ai compris qu’après. Sur le moment, je ne faisais que subir les événements. Les consultations avec la psychiatre pendant l’hospitalisation qui est au rythme d’une fois par semaine je crois n’aboutissait à pas grand chose. J’étais véritablement propulsé dans un univers nouveau de mon fait mais malgré moi. Je ne m’en rendais pas compte mais étant au début de mon pèlerinage de foi, j’étais aussi au début d’un long chemin de croix qui je crois me suivra toute ma vie.