La conversion et les premiers signes de décompensation
Avant de témoigner sur le comment je suis sorti de la réalité, ce qu’on appelle la décompensation, je voudrais insister sur un point de mon histoire.
C’est que pour moi, ma conversion coïncide avec le début de ma maladie psychique, le début de mon histoire psychiatrique.
Même si en écrivant ce livre j’essaie d’en voir la trajectoire plus fine, et inscrite dans un temps plus long, dans ma personnalité pour me réconcilier avec mon histoire, il est évident que mystérieusement mon retour à Dieu a provoqué un bouleversement spirituel tel que mon cerveau a été touché.
Dans la tradition juive, j’ai entendu dire qu’il était déconseillé à de jeunes individus, non mariés entre autres et en dessous d’un certain âge, certainement 30 ans de lire certains textes sacrés, car ils peuvent rendre fou.
En ce qui me concerne, la lecture de la Bible m’a rendu fou. Fou d’amour pour Dieu, mais pas que. Cette conversion a mis en lumière je crois certaines failles de mon cœur, certains déséquilibres dans ma vie intérieure qui se sont exprimés en maladie psychiatrique.
Par exemple dans les heures qui ont suivi ma conversion, j’étais le soir dans mon studio et par le vélux je voyais la lune. Le temps passait et je croyais que la lune avait inversé sa course. Je pensais que la fin du monde approchait, et que je devais quitter Paris. C’était le même élan qui m’avait poussé à vouloir fuguer au lycée à la lecture de l’oeuvre de Rimbaud, qui me reprenait. Sauf que là je perdais pied avec la réalité. Je pensais prendre un sac à dos avec le strict nécessaire dedans dont ma Bible. Heureusement je ne l’ai pas fait.
L’installation du délire
Plus tard, à mon travail pour une séance de préparation au salon de l’automobile avec la marque Land Rover pour laquelle j’avais été pris via mon agence d’hôte, je croyais qu’entre les tables ou nous étions assis allait surgir des monstres extraterrestres dans un combat vieux comme le monde entre les forces du mal et les forces du bien. Je devais donc avoir une attitude étrange car les responsables de cette formation ont voulu vérifier ma santé mentale en me faisant simuler en privé la présentation d’un de leur modèle de voiture. A l’issue de cela j’ai été invité à rentrer chez moi. Je connu donc encore une fois un nouvel échec dans un autre versant de ma vie.
Tous ces évènements ont amené à ce que je revienne vivre chez mes parents qui habitaient maintenant depuis quelques années dans les Yvelines de nouveau. En effet, ne donnant plus de nouvelles de vie à mes parents, ne répondant plus au téléphone, et aux nombreux appels qu’ils me passaient, mon père avait un jour débarqué dans mon studio et avait constaté mon état de délitement psychique. Pour éclairer la situation il faut dire que l’explosion psychique qu’à constituer ma conversion, mon retour à Dieu, à reconfigurer ou demander à reconfigurer de nombreuses choses, dont mes relations, et notamment celles avec ma famille. C’est à dire que ma famille qui jusqu’à présent avait toujours apparu comme une famille présente et soutenante, m’apparaissait comme une famille ennemi de Dieu car je savais leur réticence a priori à aborder et s’étendre sur le sujet.
Du groupe ERIC à l’hospitalisation sous contrainte
Donc, de retour chez mes parents, ceux ci ont organisé des rencontres vers la fin de l’année 2012 avec le groupe ERIC. C’est le groupe d’intervention mobile en psychiatrie de notre secteur des Yvelines. Il y avait des rencontres à hauteur d’une fois par semaine voire une fois toutes les deux semaines avec du personnel psychiatrique, des infirmiers, des psychologues, des psychiatres qui s’entretenait avec moi principalement et ma famille pour juger de mon état mental.
Il se trouve qu’à l’issue d’une de ces séances où j’apparaissais à fleur de peau, ou j’étais sur la défensive, l’une des personnes de cette unité clôturait notre rendez-vous en appelant les pompiers pour me transférer en hôpital psychiatrique. Je sortis donc de chez moi accompagné par les pompiers jusqu’à leur camion les chaussons toujours au pied et me laissant manipuler car je ne voulais pas que les choses évoluent de façon violente bien que j’étais opposé à tout ce qui se mettait en place malgré moi. Mais j’étais persuadé que Dieu me ferait justice et qu’il y aurait une issue heureuse à tout ce qui semblait me tomber dessus.